Derby life

Au coeur des London Rollergirls

Au coeur des London Rollergirls

Vous-êtes vous jamais demandé ce que c’est de s’entraîner aux côtés de Kamikaze Kitten, Shaolynn Scarlett ou Stefanie Mainey ? Ne cherchez plus on vous dit tout ! Les London Rollergirls ce sont trois équipes de voyage (travel team), cinq à huit heures par semaine en patins, un offskate digne des meilleures équipes de football américain, de la compétitivité en barre et beaucoup de rose. J’ai eu la chance d’y passer six mois, retour sur cette expérience unique.


Créée en Avril 2006, London Rollergirls est la plus ancienne ligue de roller derby anglaise, la première ligue Européene à devenir WFTDA et la première ligue non américaine à participer aux playoffs puis aux championnats. Son équipe All-Stars, Brawling, est actuellement classée première de très loin en Europe et sixième dans le monde (classement de la WFTDA) et son équipe B, deuxième en Europe. Autant dire que le niveau y est très élevé et qu’il s’agit de la ligue la plus compétitive du vieux continent.

Pour intégrer les LRG, on ne peut pas simplement être transférée depuis sa ligue d’origine ou commencer en tant que Fresh Meat. Pour espérer un transfert, il faut justifier d’un niveau équivalent à celui de l’équipe B, généralement évalué par les coachs ou les directrices de la ligue en participant au scrimmage hebdomadaire. Une autre manière d’intégrer la ligue est de participer à leurs sélections bi-annuelle. Pour commencer en tant que Fresh Meat aux LRG, il faut passer par leur Recreational League. En effet, les équipes de voyage et ce que l’on définit comme London Rollergirls depuis la France, c’est en fait la Main League. La Rec est donc composée des Fresh Meat, dont le recrutement a lieu deux à trois par an, d’anciennes joueuses de la Main, retirées, blessées sur le retour, de patineuses en attente d’intégrer la Main et de toutes celles qui ne souhaitent pas jouer compétitivement.

London Rollergirls Recreational League

Cette ligue réacréationelle s’entraîne deux fois par semaine, le mercredi pour un scrimmage de deux heures au sud de la Tamise, et le samedi à Brixton, pour l’entraînement à proprement parler. Celui-ci est géré par des joueuses de la Main, généralement de l’équipe C ou B, mais parfois par les A ou des invités. J’ai passé trois mois en recreational league à mon arrivée à Londres et ai eu la chance d’être coachée par Raw Heidi, Fenix, Grievous Bodily Charm ou encore Sutton Impact. L’entraînement des Fresh Meat est assuré par les joueuses de la Rec. Le bon déroulement des scrimmages est aussi chapeauté par des joueuses de la Main, qui en profitent pour donner des retours et le tout est arbitré par certains des meilleurs arbitres du pays, qui forment eux-même leurs recrues sur ces scrimmages. Tout le monde y bloque et jam.

Une fois par mois, les joueuses de la Main League sont invitées à jouer avec et contre la Rec League. La rec est un peu le vivier de talents de la Main, qui garde un oeil sur des recrues potentielles. C’est une ligue assez réputée en Angleterre, les joueuses ont notamment une bonne connaissance stratégique globale et profitent bien sûr d’un coaching de haut niveau. Le plus dur sans doute pour cette ligue, réside dans le fait que l’entraînement n’offre pas de suivi, les sessions sont de qualité mais répétitives ou décousues au gré des intervenants.

Un autre problème est que chaque fois qu’elle s’élève à un niveau plus sérieux, ses meilleurs éléments intègrent généralement la Main. De temps à autres, elles jouent des matchs les unes contre les autres ou contre l’équipe C, qui sont fermés au public, mis à part pour quelques proches. L’ambiance de cette ligue récréationelle est excellente, tout le monde s’y amuse, s’encourage et se retrouve généralement au pub le samedi soir après l’entraînement pour une pizza et quelques pintes. Je garde un excellent souvenir de mon passage en leur sein. Londres et le derby ce n’est bien sûr pas que les LRG mais aussi les London Rockin Rollers, Croydon au sud, et SDRD ce qui offre de nombreuses opportunités pour aller voir des matchs, s’entraîner ou jouer des scrimmages, sans compter les ligues comme Windsor, Seaside Siren ou Kent qui ne sont pas si loin en train ou en voiture.

                                                Sur5al annuel de la Recreational League

Les sélections

Très vite, en arrivant à Londres, j’ai rencontré Panic, une joueuse de la Main league qui représentait alors Batter C Power et travaillait dur pour passer en B. Elle m’a tout de suite motivée à me rendre au Lundi off skates organisé par Dynamic Sport Academy pour les joueuses et joueurs de derby. DSA travaille entre autres avec des joueurs de football américain. Deux heures divisées en trois parties, échelles et parcours d’agilité et de vitesse, souvent couplés à des exercices visant à améliorer l’acuité visuelle ou le temps de réaction, haltérophilie et, pour terminer, un circuit incluant 10 à 20 “stations” d’exercice type burpees, abdo, pompes, tractions, squat et autres joyeusetés.
C’est très intense et cela offre des résultats rapides. En tant que bloqueuse crevette et jammeuse plus rapide que musclée, je peux vous dire que mes coéquipières ont vite senti la différence, j’ai rapidement gagné en force et en explosivité. En général, on se met en binôme et on supporte l’autre pendant qu’on récupère, c’est très stimulant. Tout le monde est très encourageant et c’est un temps partagé avec des joueurs de l’équipe hommes de SDRD, des arbitres, les joueuses de la main league et de la rec.

Etre assidu à ce off skates est aussi un excellent moyen de montrer aux coachs qu’on en veut. Aujourd’hui encore c’est ce qui me manque le plus de Londres. A côté du offskate, je crois que j’ai du manquer seulement un entraînement en trois mois et je me suis déplacée à tous les scrimmages que je pouvais en dehors. Fin octobre, j’ai également commencé à m’entraîner avec Southern Discomfort (SDRD) dont les sessions sont ouvertes deux heures par semaine, tous les samedis, pour 5 livres. J’ai aussi lu pas mal sur la psychologie du sport et la préparation mentale, car je savais que c’était mon talon d’achille dans une situation d’évaluation. Peu avant les sélections, je m’entraînais douze heures par semaine.

On m’a dit que ces sélections seraient le meilleur et le plus difficile jour de derby que j’aurais jamais vécu, je n’étais pas inquiète et je pensais avoir ma chance mais les places étaient chères et l’on ne pouvait que spéculer sur qui les prendrait…

Le premier décembre 2013, je me rends à Bridgepark pour les fameuses sélections. Kamikaze Kitten, Olivia Coupe, Jen Sykes, Kitty Decapitate et d’autres coaches sont là pour nous évaluer. Je n’ai jamais fait autant de chasse-neige de toute ma vie. Ni de hockey stops ou de powerslide. Ou de transitions. Bref elles nous font répéter les bases encore et encore et encore et encore. Les bases de patinage, les différents types de murs, comment faire de l’attaque, comment bloquer, comment jammer. Elles regardent tout, prennent des notes. On sait qu’elles regardent aussi l’attitude et certaines d’entre-nous, au niveau pourtant élevé, ne seront pas sélectionnées à cause de cela. C’est difficile, c’est douloureux, les nerfs sont à vifs, je me surprends à aggriper sauvagement une inconnue et à lui crier dessus. Plus tard, elle essaye de demander à une coach un break, parce qu’elle me voit fatiguée ; je redouble d’ardeur pour leur montrer que rien ne m’arrêtera, surtout pas ce genre de manoeuvre.

                                                           Batter C Power vs Cambridge Rollerbillies - Photographie Steve Newton


La session se termine par un scrimmage, alors que tout le monde est complètement vidé. Ca ne se passe pas très bien pour moi en bloqueuse, mieux en jammeuse, je tourne autour des bloqueuses sans trop de difficulté, mais voilà qu’on arrête le jam, alors que je suis lead, la jammeuse adverse, une de mes coéquipières de la Rec, est au sol avec une cheville dans un sale état… Les sélections tournent court sans plus d’informations, ma copine a la cheville cassée, tout le monde rentre chez soi épuisé et stressé.

On nous apprend le soir même qu’une seconde session sera programmée ultérieurement. Rebelotte donc une semaine plus tard. Cette fois-ci même Stefanie Mainey est là ! Soulagement lorsqu’on apprend que seul le scrimmage est à refaire, je me motive en me disant qu’au moins, cette fois je suis fraiche ! Nous sommes moins nombreuses et devons donc jouer très souvent, rapidement, je suis une des dernières à avoir la volonté de jammer et bloquer, je suis éreintée et mes poumons me font souffrir, mais je ne pourrais pas être plus heureuse, mes attaques fonctionnent, je communique avec mes coéquipières et je fais mon bout de chemin patient en jammeuse. Je prends mon pied ! En un rien de temps tout est terminé, nous rentrons chez nous sans savoir quand nous recevrons des nouvelles des coaches. J’ai fait de mon mieux et mérite d’aller me coucher.

Derrière ma “poker face”, mon cerveau explose en feux d’artifices rose et noir.

Nous attendons cinq jours, qui semblent une éternité dans l’angoisse des résultats. Je finis par me fatiguer des fausses annonces et de la communication douteuse de notre contact et me rends à Double Threat pour essayer des patins. J’arrive dans le shop et Jen Sykes et Kitty Decapitate me demandent si j’ai vérifié mes emails, je n’ai pas internet donc je le fais sur leur ordi en me demandant si elles oseraient me confronter comme ça à un échec… Voilà, l’e-mail est là, formel, avec beaucoup d’info’, qui m’annonce que les coaches m’invitent à une période d’essai au sein des LRG. Je lève les yeux de l’écran, et Sykes et Kitty me regardent avec de grands sourires, attendant visiblement une réaction quelconque. “Great.” sera mon seul mot avant de revenir à mes histoires de patins. Derrière ma “poker face” mon cerveau explose en feux d’artifices rose et noir.

La Main League

Fin Janvier, je commence ma période de probation d’un mois au sein de la main league. Durant ce premier mois, nous (les dix “sélectionnées”) sommes toutes en sursis, l’équipe de coaching peut décider à tout moment que nous n’avons pas le niveau pour la main league. Ce ne sont pas des paroles en l’air, puisque plusieurs joueuses que nous connaissons l’ont vécu, beaucoup préférant alors transférer dans une autre ligue que de retourner en Rec. La main s’entraîne le mardi, jeudi et dimanche. Le mardi soir, deux heures, est un entraînement ouvert à tout le monde et où l’on essaye de se mélanger entre équipes et niveaux. Le jeudi, deux heures aussi, est spécifique aux A et B qui s’entraînent alors généralement avec leur équipe. Les C, une fois le premier mois de probation passé, peuvent également s’y entraîner mais doivent laisser la place aux A et B si besoin. Le dimanche c’est scrimmage pendant 3 heures avec généralement une heure supplémentaire qui précède pour la A, la B, la C ou parfois les officiels.

Une fois par mois, le mardi soir se transforme en scrimmage pour tout le monde et le jeudi en scrimmage pour les A et B. Le offskates “officiel” est donc Dynamic Sport Academy mais beaucoup de joueuses, principalement en B et en A, s’entraînent aussi de leur côté plusieurs fois par semaine. Certaines se rendent aussi, le samedi midi, à l’entraînement de SDRD et le vendredi soir, à l’open Skate, deux heures libres où les patineurs et patineuses de toutes ligues et tous niveaux peuvent venir s’entraîner. Les nouvelles potentielles recrues pour les programmes de fresh meat qui enfilaient pour la première fois des patins, pouvaient y croiser Kamize Kitten en train d’enregistrer son trick of the week

Les entraînements sont intensifs et efficaces. Tout le monde s’y donne à 100 % et on ne perd pas une minute. Les coachs expliquent une fois, et succinctement, pas le temps de rêvasser, surtout pour mon petit cerveau de Frenchie. Les pauses sont courtes, quelques gorgées d’eau, le temps d’expliquer l’exercice suivant, et on repart. La clé des entraînements se trouve probablement dans la répétition. On passe réellement du temps sur chaque chose pour la maitriser au mieux, et mon niveau de patinage a vraiment progressé durant le premier mois. Les scrimmages sont très intenses. Nous jouons roses contre noirs, et les capitaines des équipes décident tour à tour du format du scrimmage, A vs tout le monde, C vs B et A vs A, par exemple. Beaucoup de joueuses viennent pour le scrimmage et l’attente entre les jams peut être longue, ce qui n’est pas forcément plus mal pour récupérer… Quand nous jouons contre les B ou les A, tout va généralement très vite et il faut réagir au quart de tour, mettre les automatismes en place et tout donner. Je me revois encore tournoyer sur moi-même comme dans un cartoon après que Rogue Runner ait foncé à plein gaz sur le bras que je tendais à ma coéquipière.

Jammer contre Brawling, c'est comme passer à la machine à laver et, quiconque parvient à sortir du pack est acclamé par le reste des joueuses.

Après notre premier mois de probation, nous apprenons avec joie que nous restons toutes, ce qui veut dire encore deux mois de probation, plus administrative qu’autre chose, avant de pouvoir faire partie d’une équipe, recevoir nos maillots et jouer des matchs. En dehors d’entraînements intensifs et d’une excellente qualité de coaching, les LRG, c’est aussi une grosse machine bien rodée, un forum pour toutes les intéractions de la ligue, les votes WFTDA ou UKRDA, les comités pour lesquels il faut travailler, et la communication pour tout et n’importe quoi. Une plateforme utile mais peu nettoyée durant les sept dernières années donc difficile d’accès pour les nouvelles têtes. Pendant les quelques matchs à domicile, tout le monde met la main à la pâte, y compris celles qui jouent lors de l’événement.

Les équipes de voyage sont annoncées tous les trois mois et la sélection est effectuée par les coachs, bench coachs et capitaines. Il n’y a pas d’événement particulier et l’évaluation des joueuses se fait en continu, à chaque entraînement et scrimmage. La sélection s’effectue selon un procédé précis dont les principes sont accessibles de façon transparente aux membres de la ligue. Les 20 meilleures joueuses sont placées en équipe A et les 14 suivantes en B. Le reste est placé d’office en C. Il y a aussi des crossovers qui peuvent jouer pour C et B ou B et A. Etre placée dans un de ces groupes ne veut pas dire que l’on jouera dans l’équipe, les rosters de chaque matchs peuvent beaucoup évoluer, mais être placée dans telle ou telle catégorie ouvre la porte aux entraînements spécifiques de celle-ci.

Les LRG pour moi, c’est l’excellence en Europe en termes d’entraînement et de développement personnel. C’est l’endroit idéal pour relever des challenges quotidiens et évoluer au milieu de joueuses internationales de haut niveau. L’environnement est physiquement et mentalement très demandeur, et on est clairement très proche d’un sport professionnel. La plupart des joueuses souhaitent accéder à l’équipe A.

De mon point de vue, Batter C Power, avec laquelle j’ai joué quatre matchs, n’avait pas de réel esprit d’équipe. Je m’entendais bien avec la moitié de mes coéquipières, issues pour la plupart de la rec league et du même groupe de seléctionnées et ne connaissais que très peu l’autre moitié, qui formait déjà l’équipe auparavant. Je me sentais assez peu confortable avec les gens, et avais du mal à trouver le type de compétition que je recherchais et n’y ai pas ressenti la camaraderie que j’espèrais. L’équipe C bénéficie d’un excellent bench coach avec beaucoup d’expérience, mais est parfois victime de la différence de niveau entre elle et le reste de la ligue. Les individus peuvent évoluer vite, mais l’équipe peut-elle suivre ?

Bien que le fossé entre les niveaux soit grand, il n’y pas de complexe de “super stars”

L’ambiance des LRG est loin d’être mauvaise, si l’on veut des retours sur son évolution il suffit de contacter les coachs et de s’armer d’un peu de patience ou de se regarder en vidéo. Les joueuses sont courtoises et, en majorité, accueillantes et bien que le fossé entre les niveaux soit grand, il n’y pas de complexe de “super stars”. Il n’est pas rare de recevoir des conseils ou des compliments de la part des meilleures joueuses. J’ai quitté les LRG avec un regard nouveau sur le coaching, un meilleur niveau de patinage et une vision du jeu plus claire. J’y ai appris le goût de la compétition, mais aussi ses limites.

 
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